Claude Schopp
"Silencieux, il réfléchissait à la dédicace qu’il pourrait soigneusement y inscrire."
C’était un livre, tout compte fait, ordinaire.
Sur la page de titre imprimée en noir et rouge, le nom accouplé de deux éditeurs parisiens : Poulet-Malassis et De Broisse.
Et une date : 1857.
Le poète, unique, se croyait-il, comme tout poète, était assis devant la page de garde vierge :
Silencieux, il réfléchissait à la dédicace qu’il pourrait soigneusement y inscrire.
Presque inconnu encore, il espérait, par l’offrande du livre, attirer l’attention, voire l’admiration, de ceux qui comptaient dans le royaume des lettres.
Les phares du temps qui l’accueilleraient comme leur pair.
Enfin, il se décida.
Il écrivit : « à Alexandre Dumas, à l'immortel auteur d’Antony, témoignage d’admiration et de dévouement,. »
Et il signa : Ch. Baudelaire. »*
Il referma le livre.
Décidément ce titre, sur la couverture, Les Fleurs du mal, était bien meilleur que Les Lesbiennes qu’il avait d’abord songé à donner à son œuvre.
Claude Schopp, universitaire, est devenu " M. Dumas " : on lui doit de nombreuses éditions critiques, une biographie, la découverte d'oeuvres inconnues du romancier.
*"Dumas a-t-il perdu son exemplaire des Fleurs du mal, qui renfermait Les Bijoux, Le Léthé, À celle qui est trop gaie, Lesbos, Femmes damnées, Les Métamorphoses du vampire, poèmes condamnés et rejetés des éditions ultérieures Le 21 avril 1866, il écrit à Gautier : « Je veux donner de l’expression à une jeune fille que je fais répéter -- tu dois avoir des vers qui sans être obscènes tout à fait soient dans le sentiment de Mlle Maupin et des Femmes damnées de Baudelaire./ Dis-moi où je les trouverai - ou si je dois envoyer chez toi pour écrire sous ta dictée deux ou trois pièces."





